The media are not toys… they can be entrusted only to new artists, because they are art forms.
(McLuhan, 1954)
COMME UNE FLEUR
2022-présent
Lors de mes échanges avec Géraldine Longueville et Colin Larsonneur, dans le cadre de l’émission « Digressions incultes » sur Radio Galoche, j’ai pris conscience de l’importance qu’avait pour moi l’acquisition de savoirs ancestraux sur les plantes médicinales. Géraldine Longueville me disait « les plantes sont pour moi un symbole de résistance ».
Jonchant les interstices des trottoirs en ville, sur les bords des routes, ou en autonomies, la nature reprend inévitablement le dessus sur l’humain. Or, les plantes poussent, résilientes, s’approprient les contraintes des espaces, quoi que l’homme fasse pour la dominer.
Tels des secrets, ces plantes appelées « simples » possèdent presque toutes des intérêts alimentaires et/ou des principes actifs capables de répondre à certains maux que nous développons au quotidien (migraine, insomnie, règles douloureuses...).
La médecine a su déposséder peu à peu l’être humain des connaissances de son corps, en parallèle à l’interdiction faite aux femmes d’exercer (la rebouteuse du village considérée comme sorcière), afin que les hommes puissent avoir la main-mise d’encadrer le corps de la nation (La matrice de la race, Elsa Dorlin, 2006).
Les entreprises pharmaceutiques détiennent un monopole énorme dans notre conditionnement à l’accès à la santé, à la consommation de produits dont les composés sont pourtant pour la plupart issus des plantes, desquelles nous avons oublié les pouvoirs.
Je vis depuis plus de dix ans sur Arles, ville qui a connu une mutation énorme depuis quelques années, due à l’implantation d’une fondation d’art dirigée par une riche héritière d’une entreprise pharcameutique.
Dépossédant peu à peu la population de sa ville, poussant les locaux à la périphérie, générant une ville aribnb et faisant monter en flèche le prix de l’immobilier en parallèle du monopole artistique de la ville.
J’ai décidé de suivre deux formations, l’une très technique de BTS en Aménagements Paysagers, qui me permet d’acquérir les connaissances suffisantes dans la conception et réalisation de jardins. L’autre en herboristerie et plantes médicinales, qui me permet d’apprendre les savoirs des plantes médicinales, de leur chimie et de la législation qui encadre leurs usages.
Ces deux formations sont un projet artistique en soi. A l’issu de l’obtention de mes diplômes, je souhaite pouvoir réaliser des jardins pour des personnes. Des jardins qui seraient évidemment dépendants de la géolocalisation des habitations, mais aussi du métabolisme des personnes qui feraient appel à moi.
Le jardin offrant à l’individu un traitement de fond pour sa santé, tout au long de l’année. Je vois aussi ce moment comme une transmission de connaissances, une prise de pouvoir des personnes par la réappropriation de connaissances de leurs corps face à la médecine.
L’idée est d’initier ce projet artistique sur Arles dans le but d’autonomiser la population dans une volonté de la reconnecter à sa santé, dans une ville où l’art et la culture sont détenues en majorité par une entreprise pharmaceutique, gentrifiant leurs corps, leur ville et sa culture.
